Pénibilité et retraites des fonctionnaires : serait-il possible que la Cour des comptes ne sache pas de quoi elle parle ?

Billet d’actualité du 7 octobre 2016
Pénibilité et retraites des fonctionnaires
Serait-il possible que la Cour des comptes ne sache pas de quoi elle parle ?

Dans son rapport du 6 octobre 2016 sur la retraite des fonctionnaires, la Cour des comptes revient sans cesse à son défaut originel : être incapable d’une véritable évaluation des politiques publiques, qu’elle remplace par une vision strictement budgétaire, de comptable uniquement préoccupé de restreindre ses dépenses.
A force d’être hors de la vraie vie, la Cour envisage tranquillement la suppression des départs anticipés pour pénibilité dans la Fonction publique, et la chiffre : 1,4 milliard d’économie budgétaire pour l’Etat, et 900 millions pour l’hospitalière et la territoriale.

De temps en temps la Cour devrait faire de la politique, par exemple en considérant que 3% de surcoût des pensions dans l’Etat et 5% pour les collectivités locales et les hôpitaux, ça n’est pas cher payé pour avoir des policiers à toute heure et tous les jours, des routes déneigées, des avions en sécurité, des personnels soignants jour et nuit, et des pompiers en cas de besoin.
Dépenser un millième du PIB français pour que les fonctionnaires donnent à la société ce dont elle a besoin pour être cohérente et sûre, ça n’est pas cher payé du tout.

La Cour envisage tranquillement la suppression des bonifications qui permettent de compléter une carrière, celles des policiers et des pompiers par exemple (un an pour cinq ans d’exercice, et 5 ans de bonification au maximum).
La Cour des Comptes, si bien informée, aurait dû savoir que parmi les fonctionnaires qui bénéficient déjà d’un départ anticipé, en 2015 18% partent déjà après 60 ans dans l’Etat, 28% dans l’hospitalière, et 50 % dans la territoriale, avec une moyenne de + 4 % chaque année.
Avec l’allongement de la durée d’assurance vers les 43 ans, supprimer les bonifications reviendrait à interdire tout véritable départ anticipé.

Tous ses raisonnements sont faits « hors sol », sans même se poser la question de savoir s’il est possible d’exercer un métier pénible après un certain âge.
On connaît la réponse avec certitude, non !
Et c’est de là qu’il faut partir. Même les employeurs publics ne souhaitent pas le maintien dans l’emploi pour les agents aux conditions de travail les plus pénibles au-delà d’un certain âge .

La Cour des Comptes n’intègre à aucun moment dans ses raisonnements la réponse nécessaire au raccourcissement et de la durée de vie, et de la durée de vie en bonne santé, en conséquence de la pénibilité du travail, alors que les départs anticipés en service actif sortent les agents de la pénibilité et leur permettent par là-même d’allonger leur durée de vie et de retraite.
Par contre, la Cour se fait la thuriféraire du compte pénibilité, dont elle envisage l’extension à la Fonction publique en compensation de la suppression du « service actif ». Et elle a l’air d’avoir bien compris de quoi il s’agit, de prévention et de reconversion plus que de départ anticipé.
Mais, au fond, peut-être la Cour des Comptes fait-elle de la politique, malgré tout ?

Publié le 7 octobre 2016.
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